A Lomé, le mercredi 17 septembre 2025, peu après l’aube, plusieurs véhicules militaires ont encerclé la résidence de Marguerite Gnakadé, ancienne ministre des Armées qui depuis quelques mois est passée dans le camp des opposants au régime de Faure Gnassingbé. Des hommes cagoulés ont défoncé le portail avant d’investir le domicile et de repartir, quelques minutes plus tard, avec l’ex-ministre, selon les témoins sur place. Officiellement, aucune communication n’a suivi cette opération. Mais selon plusieurs sources, elle aurait été conduite au Service central des recherches et investigations criminelles (SCRIC) de la gendarmerie nationale.
Longtemps considérée comme l’une des femmes les plus puissantes du sérail, Marguerite Gnakadé avait, depuis le début de l’année, multiplié les critiques publiques contre le président du conseil, Faure Gnassingbé, l’accusant d’avoir dressé en vingt ans un « bilan catastrophique ». Le 30 août dernier, elle avait franchi un cap en descendant elle-même dans la rue aux côtés du M66, mouvement de la diaspora appelant à la fin de la Ve République et au retour à la Constitution de 1992. Un geste inédit, lourd de symboles, qui avait confirmé sa rupture ouverte avec le pouvoir.
Des spéculations
Cette arrestation inattendue de cette désormais ex-proche de Faure Gnassingbé, a immédiatement nourri toutes les spéculations. Officiellement, aucun chef d’inculpation n’a encore été communiqué. Mais dans les cercles proches du régime, l’ombre d’un complot plane. La manifestation du 30 août aurait servi de couverture à un projet plus vaste, impliquant des mercenaires étrangers et des financements venus d’Europe, destinés à amplifier la contestation et à fragiliser le système en place. Des caches d’armes découvertes dans certains quartiers de la capitale auraient, selon ces sources, renforcé la thèse d’une entreprise de déstabilisation.
Si ces accusations venaient à être confirmées, elles replaceraient le nom de Marguerite Gnakadé dans une longue liste de figures jadis influentes tombées en disgrâce. Avant elle, Kpatcha Gnassingbé, demi-frère du chef de l’État et ancien ministre de la Défense, avait été condamné en 2009 pour complot contre la sûreté de l’État. Plus récemment, en 2020, le général Félix Kadanga, ex-chef d’état-major et fidèle parmi les fidèles, avait été mis à l’écart après avoir été soupçonné de trahison.
Pour les partisans de l’ancienne ministre, cette arrestation traduit surtout l’intolérance du régime à toute dissidence issue de son propre camp. « Elle n’a fait qu’exprimer publiquement ce que beaucoup pensent en silence », souffle un proche, sous couvert d’anonymat. Mais pour le pouvoir, la ligne rouge aurait été franchie au moment où la contestation s’est doublée d’accusations de collusion avec des forces extérieures.
Quoi qu’il en soit, le sort de Marguerite Gnakadé reste incertain. Aucune déclaration officielle n’a, pour l’heure, été faite.





































