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Togo : la précarité fragilise l’avenir des journalistes du secteur privé

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Au Togo, les conditions de travail des journalistes du secteur privé restent marquées par une forte précarité. Une enquête réalisée entre avril et mai 2026 par le Syndicat national des journalistes indépendants du Togo (SYNJIT), auprès de 69 professionnels, met en évidence la faiblesse des rémunérations, l’instabilité de l’emploi et les insuffisances en matière de protection sociale.

Selon les résultats présentés par le syndicat, 91,3 % des journalistes interrogés perçoivent moins de 100 000 FCFA par mois, soit environ 150 euros. Près de la moitié (49,3 %) disposent de moins de 50 000 FCFA mensuels, l’équivalent d’environ 77 euros.

Emplois précaires et revenus irréguliers

La faiblesse des revenus s’accompagne d’une importante instabilité professionnelle. Quelque 60,9 % des personnes interrogées travaillent sous des formes d’emploi considérées comme précaires, notamment les contrats à durée déterminée, la pige, les stages ou encore le bénévolat prolongé.

À cela s’ajoutent les difficultés liées au paiement des salaires. Près de 38 % des journalistes interrogés déclarent subir des retards importants ou une irrégularité dans le versement de leurs revenus.

La protection sociale apparaît également comme un point de fragilité. Plus d’un journaliste sur deux interrogé affirme travailler sans couverture auprès de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et sans assurance maladie.

Pour le secrétaire général du SYNJIT, Narcisse Dodzi Prince-Agbodjan, cette enquête vise notamment à objectiver une situation régulièrement dénoncée par le syndicat.

« L’une des missions du SYNJIT, c’est de défendre les droits et les conditions de travail des journalistes au Togo », explique-t-il, estimant que la disponibilité de données permet de mieux interpeller les autorités et les différents acteurs du secteur.

Une profession difficilement envisageable sur le long terme

L’enquête met également en lumière les doutes des journalistes sur leur avenir professionnel. Quelque 78,3 % des répondants estiment qu’ils ne pourront pas exercer le métier jusqu’à l’âge de la retraite. Une proportion qui traduit, selon le syndicat, la difficulté à envisager une carrière durable dans les médias.

Ces résultats ont été rendus publics alors que le SYNJIT célèbre ses quinze années d’existence. Créé pour défendre les intérêts des journalistes indépendants et améliorer leurs conditions de travail, le syndicat entend faire de cet anniversaire un nouveau point d’appui pour son plaidoyer.

Au cœur de ses revendications figure la convention collective des journalistes, dont l’application demeure, selon le SYNJIT, insuffisante. Quatre ans après sa signature, le comité chargé d’en assurer le suivi n’aurait toujours pas été effectivement mis en place.

Le syndicat réclame également une actualisation du texte afin de tenir compte de l’évolution du secteur des médias et des conditions d’exercice de la profession.

Le pari de la concertation

Le SYNJIT appelle ainsi à une concertation entre les pouvoirs publics, les organisations patronales et les représentants des journalistes. L’objectif est d’identifier les obstacles à l’application de la convention collective et d’examiner les questions liées aux salaires, à la stabilité de l’emploi et à la protection sociale.

Pour Narcisse Dodzi Prince-Agbodjan, l’enjeu dépasse les relations entre employeurs et journalistes. « Il s’agit aujourd’hui de la profession », affirme-t-il, appelant les différents acteurs à rechercher ensemble des solutions pour éviter une perte durable de professionnels du secteur.

Avec près de la moitié des journalistes interrogés vivant avec moins de 50 000 FCFA par mois et près de huit sur dix ne se projetant pas jusqu’à la retraite dans le métier, l’enquête du SYNJIT souligne les difficultés auxquelles fait face le journalisme privé au Togo.