Longtemps considérés comme des métiers réservés aux hommes, la conduite des poids lourds, la logistique et la manutention portuaire s’ouvrent davantage aux femmes. Dix jeunes Togolaises viennent ainsi d’intégrer la première promotion du projet « Femmes Actions CCI Togo », une initiative de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo (CCI Togo) destinée à favoriser l’accès des femmes aux métiers du transport, de la logistique et de la manutention portuaire. Lancé officiellement ce vendredi 18 septembre, le programme mise sur les compétences féminines, tout en répondant aux besoins en main-d’œuvre qualifiée d’un secteur stratégique de l’économie togolaise.
Le projet « Femmes Actions CCI Togo » trouve son origine dans une réflexion engagée autour de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée en mars dernier. Pour les responsables de la CCI-Togo, il ne s’agissait pas de multiplier les déclarations sur l’autonomisation des femmes, mais de passer à des actions concrètes susceptibles de produire des résultats. « Le talent, la rigueur et l’ambition n’ont pas de genre », résume la Direction générale de la Chambre, qui voit dans cette initiative un moyen de contribuer à la remise en cause des stéréotypes associés à certains métiers.
Pour le président de la CCI-Togo, Dr José Kwassi Symenouh, l’avenir de l’économie du pays ne pourrait être pleinement construit sans la participation active des femmes à tous les niveaux de la chaîne de valeur. « Comme le dit si bien un proverbe africain, quand la femme est forte, la société est debout. Cette sagesse résume à elle seule l’esprit de « Femmes Action CCI Togo », dont l’objectif es de donner aux femmes les compétences, les moyens et les opportunités de participer pleinement à la construction de notre économie », a-t-il déclaré. Avant de poursuivre, « aujourd’hui, nous ne lançons donc pas simplement un programme de formation. Nous lançons une dynamique. Nous ouvrons des portes. Nous créons des opportunités, et surtout, nous faisons le choix de faire confiance à 10 jeunes femmes qui ont décidé d’oser ».
43 candidates pour 10 places
Au départ, elles étaient 43 jeunes femmes à postuler à la suite de l’appel à candidatures. Sur la base de plusieurs critères notamment être âgées de 21 à 35 ans, justifier au minimum d’un niveau Bac+2 et être titulaires d’un permis de conduire de catégorie B, 25 candidates ont été retenue pour une première sélection. Ces dernières ont ensuite été soumises à des entretiens destinés à apprécier leur motivation.
Car au-delà des diplômes et des prérequis techniques, le parcours annoncé est exigeant. « Pour ce processus, il va falloir vraiment être motivé », explique le point focal du projet, Raïssa Nzounou.
À l’issue des entretiens, dix bénéficiaires ont finalement été retenues. Elles ont ensuite passé un contrôle médical, notamment sur leur acuité visuelle, afin de vérifier leur aptitude à la conduite.
Pour les bénéficiaires, cette sélection représente déjà une première étape importante. « C’est une opportunité qui nous est offerte de montre au monde que les femmes n’ont pas de limites en matières d’activité, mais qu’elles sont aussi capables de se lancer dans les métiers qu’on qualifie d’homme », a indiqué Laethitia Fumey, lauréate du projet.
Cette sélection n’est toutefois que le début de l’aventure. Les dix bénéficiaires entament désormais un parcours qui doit combiner apprentissage de la conduite, formation technique et expérience professionnelle.
La première phase est prévue sur six semaines, dans le cadre d’une formation en auto-école. Les bénéficiaires seront notamment formées sur des simulateurs et sur des engins lourds.
À l’issue de cette étape, elles devront passer l’examen du permis de conduire. Celles qui franchiront cette étape poursuivront ensuite leur parcours auprès de la Direction des Transports Routiers et Ferroviaires (DTRF). Cette formation professionnelle, prévue sur trois semaines, doit leur permettre d’acquérir une maîtrise plus approfondie des engins et des exigences liées à leur utilisation dans un environnement professionnel.
Un examen de qualification professionnelle est également prévu. Ce n’est qu’après avoir réussi le permis de conduire et l’examen de qualification professionnelle que les bénéficiaires pourront accéder à la phase d’immersion en entreprise, notamment sur les engins de manœuvre. « Cette étape se déroulera pour un total de 3 semaines après laquelle également il y aura un examen professionnel » précise le point focal du projet.
Aller au-delà de la formation et l’emploi
Pour la CCI Togo, l’ambition ne s’arrête pas à l’obtention d’un permis ou à l’accès à un premier emploi. L’institution souhaite également voir émerger, à terme, des femmes capables de prendre des responsabilités dans ces secteurs ou de créer leurs propres activités.
Le président de la CCI Togo a ainsi encouragé les bénéficiaires à envisager la création d’une coopérative ou d’entreprises dans le transport, la logistique ou les services associés. « Nous ne voulons donc pas seulement pouvoir chercher un emploi, nous voulons aussi pouvoir être capables d’en créer », a-t-il déclaré.
Cette perspective donne au projet une dimension entrepreneuriale. La formation est présentée comme un possible levier d’autonomisation économique, mais également comme une réponse aux besoins en compétences des entreprises.
Derrière l’objectif d’inclusion des femmes se trouve également un enjeu économique. Le transport, la logistique et les activités portuaires constituent des maillons importants de l’économie togolaise. Pour la CCI Togo, les entreprises ont besoin de compétences et de professionnalisme, indépendamment du sexe des travailleurs. Le projet vise ainsi quatre objectifs principaux : renforcer l’employabilité des femmes, répondre aux besoins en compétences des entreprises, démontré que les femmes peuvent exercer ces métiers et contribuer à la compétitivité du secteur logistique togolais.
L’initiative bénéficie notamment de l’implication de partenaires issus des secteurs public et privé, dont Africa Global Logistics (AGL) et la Direction des transports routiers et ferroviaires (DTRF).
Cette collaboration est présentée comme un exemple de partenariat entre les institutions et les entreprises pour faciliter l’accès des jeunes aux compétences recherchées sur le marché du travail.
« Lorsqu’une initiative permet à des femmes d’acquérir un métier, des gagner en autonomie et de se projeter dans un avenir professionnel, elle mérite d’être accompagner. C’est dans esprit que notre groupe s’associe à ce projet et s’engage à contribuer à la formation des lauréates. A travers cet engagement nous participerons au développement des compétences des jeunes, à l’employabilité, et à une meilleure inclusion des femmes dans nos métiers », a indiqué le Dg d’AGL Charles Kokouvi Gafan.