« Retrouvez votre virilité en 30 minutes », « Devenir infatigable au lit », « Satisfaire son partenaire sans effort »… Ces promesses envahissent désormais les réseaux sociaux. Facebook, TikTok, WhatsApp, Instagram ou encore Telegram sont devenus de véritables vitrines de commercialisation de produits censés améliorer les performances sexuelles. Capsules, poudres, sirops, huiles, bonbons, boissons énergétiques ou mélanges à base de plantes sont proposés quotidiennement à des milliers d’internautes, sans ordonnance, sans contrôle médical et, bien souvent, sans aucune information fiable sur leur composition.
Actuellement, ce commerce connaît une progression remarquable. Les vendeurs rivalisent d’ingéniosité pour séduire leur clientèle à travers des vidéos, des témoignages parfois inventés, des démonstrations spectaculaires et des promotions alléchantes. Certains vont jusqu’à garantir des résultats immédiats, sans le moindre effet secondaire. Une communication agressive qui cible principalement les hommes, mais également de plus en plus de femmes.
Cette prolifération de stimulants sexuels sur les réseaux sociaux dépasse aujourd’hui le simple cadre du commerce en ligne. Il soulève de véritables questions de santé publique, de protection des consommateurs et de lutte contre les produits non conformes. Entre la recherche de performances, la désinformation et l’absence de contrôle de certains produits, de nombreux consommateurs s’exposent à des risques qu’ils sous-estiment largement.
Un commerce qui explose grâce aux réseaux sociaux
La recherche de meilleures performances sexuelles n’est pas nouvelle. Mais avec l’essor des réseaux sociaux, l’accès aux prétendus stimulants sexuels est devenu plus simple que jamais. Il suffit de parcourir quelques minutes les réseaux sociaux pour constater l’ampleur du phénomène. Des dizaines de vendeurs proposent quotidiennement des gélules, poudres, sirops, huiles, tisanes ou boissons présentés comme des remèdes miracles contre la baisse de libido, l’éjaculation précoce ou les troubles de l’érection. D’autres produits promettent de faire grossir ou d’augmenter la taille du pénis.
Pour convaincre davantage, ils utilisent des vidéos promotionnelles mettant souvent en scène des témoignages spectaculaires ou des avant-après difficiles à vérifier. Les influenceurs vantent des résultats « garantis », tandis que certains vendeurs affirment que leurs produits sont recommandés par des médecins, sans jamais fournir la moindre preuve scientifique authentique.
La discrétion offerte par Internet favorise également ce commerce. En effet, en ce 21e siècle, les troubles de la sexualité restent encore tabous dans de nombreuses sociétés.
A cause de la pression sociale, beaucoup d’hommes ont souvent peur que leur entourage découvre qu’ils ont des difficultés sexuelles. Ce qui les empêche souvent de consulter un professionnel de santé. « La virilité de l’homme dans nos communauté se mesure par son bagage sexuel, et sa capacité à bien satisfaire sa partenaire. Lorsque ce n’est pas le cas et que le secret est dehors, on devient objet de moquerie au point où on peut te traiter d’impuissant ou de « femmelette » », explique Daniel, transitaire au Port de Lomé. Pour éviter d’être pointés du doigt dans le quartier, beaucoup préfèrent commander directement ces produits en internet.
La peur de l’impuissance et la pression de la performance sexuelle poussent également les hommes à chercher des solutions rapides via les réseaux sociaux. « Depuis la nuit des temps, l’acte sexuel occupe une place importante dans un couple. Ainsi une femme qui ne sent pas bien satisfait au lit, peut facilement tromper son partenaire ou simplement le quitter. Pour donc rester performant, on est obligé surtout avec l’âge avancé, de prendre ces stimulants qui parfois nous aide à ternir un plus longtemps », se justifie, Magnim Minza, ex-militaire à la retraite.
D’après une vendeuse de ces stimulants, connus sous le nom de Léleng sur Tiktok, il y a des femmes qui commandent les produits pour leur mari. Et la raison évoquée par ces dernières, est qu’elles voudraient que leur partenaire atteigne leur point G au cours de l’acte sexuel.
C’est donc sur ces complexes liés à la virilité, la peur de l’échec sexuel ou encore les difficultés rencontrées dans la vie de couple que les vendeurs se basent pour attirer et exploiter les clients.
Par ailleurs, l’argument du « 100 % naturel », fréquemment mis en avant dans les publicités, séduit de nombreux consommateurs. Pourtant, naturel ne signifie pas forcément sans danger. Certaines plantes peuvent interagir avec des médicaments contre l’hypertension, le diabète ou les maladies cardiovasculaires. D’autres peuvent provoquer des intoxications lorsqu’elles sont mal dosées ou mal préparées. Des fabricants peu scrupuleux ajoutent parfois clandestinement des substances chimiques afin de renforcer l’effet recherché, sans que cela soit mentionné sur l’emballage.
Des produits vendus sans aucune consultation médicale
Il était 11 heures, mardi dernier, lorsque Léleng, lançait un live sur Tiktok pour vendre ses produits de fertilités, d’éjaculation précoce, de faiblesse sexuelle, et d’augmentation du sexe masculin. Sans attendre la fin du direct, durant la présentation, on voyait les internautes qui commençaient déjà à passer commande en écrivant, « Je prends deux boîtes, ou livrez moi une boîte, ou encore je viens prendre 1 boîte demain ». Automatiquement elle répondait « écrivez votre numéro et votre quartier ou le livreur va vous appeler ». Tout cet échange s’est fait sans aucune consultation médicale, mieux encore thérapeutique.
L’absence quasi totale d’évaluation médicale avant la vente, est l’un des principaux dangers qui inquiètent les spécialistes.
De fait, dans la majorité des cas, le vendeur ne demande ni l’âge du client, ni ses antécédents médicaux, ni les médicaments qu’il prend déjà. Pourtant, les troubles de l’érection ou la baisse de libido peuvent être les premiers signes de maladies comme le diabète, l’hypertension artérielle, des troubles hormonaux, des maladies cardiovasculaires ou encore une dépression ou le stress.
En consommant un stimulant acheté sur Internet sans consulter un médecin, certains patients masquent simplement un problème de santé plus grave qui continue d’évoluer.
Des compositions douteuses
Présentés sous forme de miels aphrodisiaques, de gélules ou compléments alimentaires, de boissons faites à base de plantes, de bonbons ou de confitures, ces stimulants sont parfois vendus dans des emballages sans étiquette complète, sans numéro de lot, sans date de fabrication ou de péremption clairement identifiable. Certains ne comportent aucune indication sur les ingrédients qu’ils contiennent ni sur leur pays de fabrication. D’autres, notamment les produits artisanaux, peuvent contenir des doses largement supérieures aux limites médicales autorisées.
Dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, des analyses ont été réalisées en 2024 sur des stimulants sexuels appelés Attoté et la Paix Cognon-Mousso vendus en ligne. Sensé être des produits 100% naturels, les tests réalisés ont révélé la présence de grandes quantités de Sildénafil, l’équivalent générique du Viagra dangereuses pour la santé
Ces pratiques induisent le consommateur en erreur qui ignore ce qu’il avale. De fait, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Afrique Sub-saharienne est la région au monde la plus touchée par l’infiltration des faux médicaments dans le commerce issus des plantes curatives. Près de 100 milles personnes meurent chaque année sur le continent à cause de médicaments contrefaits.
Des risques de santé pour le consommateur
Selon Adoté Jean Kpakpo, gynécologue obstétricien, contrairement aux discours publicitaires, les stimulants sexuels ne sont pas dénués de dangers. « L’association involontaire du sildénafil ou du tadalafil avec des traitements cardiaques peut provoquer une baisse de tension artérielle mortelle. Conséquences pour le consommateur, risques d’infarctus, d’accidents vasculaires cérébraux (AVC), d’arythmie cardiaque et de priapisme c’est-a-dire une érection prolongée et douloureuse », a-t-elle indiqué.
Une utilisation prolongée peut également provoquer des lésions de foie ou des reins. Ces risques augmentent encore lorsqu’ils sont associés à l’alcool ou d’autres médicaments.
Face à l’expansion de ce commerce numérique qui devient un danger public, la surveillance représente un défi majeur. En effet, avec la prolifération de ces publicités, les autorités togolaises ont commencé à renforcer la lutte contre la promotion anarchique des produits présentés comme des stimulants sexuels.
L’une des mesures les plus visibles a consisté à faire retirer en 2023, toutes les affiches publicitaires y compris celles qui évoquent les stimulants, qui envahissaient plusieurs carrefours, notamment aux feux tricolores de Lomé. Ces panneaux promettaient des performances sexuelles extraordinaires et faisaient la promotion de produits dont l’efficacité et la sécurité n’étaient pas établies.
Si les affiches disparaissent progressivement de l’espace public, le commerce s’est largement déplacé vers les réseaux sociaux. Au Togo, l’arsenal juridique qui encadre le marché illicite et la contrefaçon de produits médicaux est régi principalement par la Loi N° 2009-007 portant Code de la santé en République Togolaise et le Code pénal. Selon le gynécologue, c’est en application de ces deux lois que les autorités sanitaires mènent parfois des contrôles sur les médicaments, des saisies des produits vendus illicitement dans la rue. Cependant, avec la vente en ligne, les produits transitent parfois par des circuits informels, échappant ainsi aux contrôles classiques appliqués aux médicaments et aux compléments alimentaires. « Les ventes s’effectuent principalement via les réseaux sociaux et les applications de messagerie, ce qui complique l’identification des vendeurs », explique le gynécologue Adoté Jean Kpakpo.
Pour y remédier, il estime que le développement des ventes en ligne nécessite un renforcement de la surveillance numérique, une meilleure sensibilisation du public et une coopération accrue entre les services de santé, les forces de sécurité et les plateformes numériques.








































