Homosexualité en Afrique : entre criminalisation, tolérance et réformes

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Dans de nombreuses sociétés africaines, y compris au Togo, l’homosexualité demeure un sujet sensible, souvent considéré comme tabou. Les personnes se réclamant de cette orientation sexuelle sont fréquemment marginalisées ou perçues comme s’écartant des normes sociales dominantes. Sur le plan juridique, la majorité des pays du continent continuent d’incriminer les relations entre personnes de même sexe. Quelques pays ont récemment adopté des dispositions contre le phénomène.

La question a récemment refait surface au Sénégal. Le 11 mars 2026, l’Assemblée nationale sénégalaise a adopté une loi renforçant les sanctions contre les relations homosexuelles. Désormais, celles-ci sont passibles de cinq à dix ans de prison, contre des peines moins lourdes auparavant. La peine maximale est prévue lorsque l’acte implique un mineur. Le texte prévoit également des amendes allant de 2 à 10 millions de francs CFA, contre 100 000 à 1 500 000 francs CFA auparavant. La loi introduit aussi des sanctions pénales contre la promotion ou le financement de l’homosexualité. Elle punit en revanche toute « dénonciation abusive faite de mauvaise foi » visant des personnes soupçonnées d’être homosexuelles. Pour entrer en vigueur, elle doit encore être promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye.

Cette législation, qui pourrait faire du Sénégal l’un des pays les plus répressifs d’Afrique envers les personnes LGBT+, suscite déjà des critiques au sein de la communauté internationale. Les Nations unies ont dénoncé une atteinte aux droits humains. Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, a estimé que cette loi « bafoue les droits humains » et s’est dit « profondément préoccupé » par le durcissement des sanctions contre des relations consenties entre adultes.

 Une législation souvent répressive

 Plus de la moitié des pays africains criminalisent l’homosexualité. Dans certains États, comme l’Ouganda, la Mauritanie ou la Somalie, la peine de mort peut être appliquée dans certaines circonstances. Dans d’autres pays, les sanctions vont de longues peines de prison à la réclusion à perpétuité, notamment au Soudan, au Kenya, en Tanzanie ou en Sierra Leone. Au Ghana, un projet de loi adopté par les députés en février 2024 prévoit jusqu’à trois ans de prison pour une simple identification comme LGBTQ+, et jusqu’à cinq ans pour la promotion de ces activités. La peine peut atteindre dix ans lorsque des campagnes visent des mineurs. Dans certains pays, la législation reste ambiguë. Au Bénin, par exemple, l’homosexualité n’est pas explicitement interdite. Toutefois, le Code de la famille précise que le mariage ne peut être contracté qu’entre un homme et une femme âgés d’au moins 18 ans, excluant ainsi toute reconnaissance légale des unions entre personnes de même sexe.

En mai 2023, l’Ouganda a adopté l’une des lois anti LGBT les plus sévères au monde, prévoyant la prison à perpétuité pour les relations homosexuelles et la peine de mort dans certains cas aggravés. D’autres pays envisagent des mesures similaires. Au Kenya, des parlementaires travaillent sur un projet de loi inspiré de ce modèle, tandis qu’en Tanzanie certains élus réclament un durcissement des sanctions.

Selon Amnesty International, l’Afrique connaît actuellement une « guerre juridique homophobe ». Au total, 31 pays sur 54 criminalisent l’homosexualité, dont quatre prévoient la peine de mort. À l’inverse, quelques États ont récemment dépénalisé les relations entre personnes de même sexe, notamment l’Angola en 2019, le Gabon en 2020 et le Botswana en 2021. L’Afrique du Sud reste toutefois le seul pays du continent à autoriser le mariage entre personnes de même sexe, depuis 2006.

 Par ailleurs, dans certains pays, l’arsenal juridique s’accompagne de discours politiques virulents. Au Burundi, le président Évariste Ndayishimiye avait ainsi appelé en décembre 2023 à « lapider » les couples homosexuels, estimant qu’ils attireraient une « malédiction » sur le pays.

 Le cas du Togo

Le Togo n’échappe pas à cette tendance. L’article 392 du Code pénal togolais criminalise « tout acte impudique ou contre nature commis avec un individu de son sexe ». Ces actes sont passibles d’une peine d’un à trois ans de prison et d’une amende pouvant atteindre 3 millions de francs CFA. Les unions entre personnes de même sexe ne bénéficient d’aucune reconnaissance légale. Les autorités politiques, les responsables religieux, les gardiens des traditions et une grande partie de la société civile expriment généralement leur opposition à cette orientation sexuelle. La question avait notamment été évoquée lors de l’Examen périodique universel (EPU) du Togo devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies en juin 2021. À cette occasion, plusieurs acteurs s’étaient prononcés sur le sujet. L’acteur de la société civile Claude Améganvi avait notamment estimé que chaque pays devait préserver ses propres valeurs. « Il existe une liberté en matière de sexualité, mais chaque pays a aussi ses principes », avait-il déclaré. Du côté du gouvernement, l’idée souvent avancée est que la vie sexuelle relève du domaine privé. L’ancien porte-parole du gouvernement et ministre des droits de l’homme, Christian Trimua, avait ainsi indiqué que chaque citoyen reste libre de sa vie sexuelle, tant que celle-ci demeure dans la sphère privée.

Des conséquences économiques possibles

Au-delà du débat sociétal, certaines organisations soulignent également l’impact économique potentiel de lois jugées discriminatoires. L’ONG britannique Open for Business a estimé en 2025 qu’un projet de loi anti-LGBT au Kenya pourrait entraîner des pertes économiques allant de 2,7 à 7,8 milliards de dollars par an. Selon l’organisation, ces pertes pourraient résulter de plusieurs facteurs : réduction de l’aide internationale, retrait de financements étrangers, impact négatif sur le tourisme ou encore fuite de talents. « Les lois anti LGBTQ+ nuisent aux perspectives d’investissement d’un pays et à sa réputation internationale », souligne Dominic Arnall, président de l’ONG. Des mesures similaires ont déjà eu des répercussions ailleurs. La Banque mondiale avait ainsi suspendu ses prêts à l’Ouganda après l’adoption en 2023 d’une loi particulièrement sévère contre l’homosexualité.

Entre traditions et droits humains

Au final, l’homosexualité demeure largement perçue dans de nombreuses sociétés africaines comme un comportement contraire aux traditions et aux valeurs sociales. Cette perception conduit souvent les personnes concernées à dissimuler leur orientation sexuelle par crainte du rejet ou des représailles. Dans plusieurs pays du continent, les personnes LGBT continuent ainsi de faire face à des discriminations, des violences et une forte stigmatisation sociale, parfois même au sein de leur propre entourage.