Pari logistique du Togo : 200 millions $ de la Banque mondiale pour connecter le port, le rail et les territoires agricoles

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Le Togo franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de positionnement comme carrefour logistique de l’Afrique de l’Ouest. Le Groupe de la Banque mondiale a approuvé un financement de 200 millions de dollars en faveur du Programme d’amélioration des services logistiques et de transport (PASLT), un projet structurant destiné à moderniser les infrastructures de transport du pays et à renforcer son attractivité économique.

À travers ce soutien financier, l’institution de Bretton Woods accompagne l’ambition portée depuis plusieurs années par les autorités togolaises : faire du pays une plateforme régionale incontournable pour les échanges commerciaux, en s’appuyant sur les performances croissantes du Port autonome de Lomé et sur le développement d’infrastructures multimodales capables de mieux connecter le territoire aux marchés sous-régionaux.

Le programme repose sur trois piliers majeurs. Le premier concerne la réhabilitation de la ligne ferroviaire reliant le Port autonome de Lomé à la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA). Cette infrastructure, longtemps laissée à l’abandon, doit permettre d’assurer le transport de conteneurs par rail entre le principal port du pays et cette zone industrielle située à une trentaine de kilomètres au nord de la capitale.

Mise en service en janvier 2022, la PIA est devenue l’un des symboles de la stratégie industrielle togolaise. Conçue comme un centre de transformation et d’exportation, elle dispose d’une capacité de stockage de plus de 12 000 conteneurs et se positionne comme une porte d’entrée vers les marchés des pays sahéliens. La remise en état du corridor ferroviaire devrait ainsi contribuer à fluidifier les flux de marchandises tout en réduisant la pression exercée sur le réseau routier.

Le deuxième volet vise à améliorer la mobilité dans le Grand Lomé, confronté à une urbanisation rapide et à une congestion croissante. Les embouteillages récurrents observés autour de la zone portuaire constituent en effet l’un des principaux défis auxquels fait face la capitale économique. L’objectif est de réduire les temps de trajet, de faciliter les déplacements des populations et de limiter les nuisances environnementales provoquées par le trafic intense de poids lourds.

Le troisième axe du programme cible les régions agricoles du pays, notamment la Kara, les Savanes, les Plateaux et la Plaine de Mô. Il s’agit de renforcer les connexions entre les bassins de production et les marchés locaux, régionaux et internationaux. Pour les autorités comme pour les bailleurs, l’amélioration des infrastructures de transport demeure une condition essentielle à la transformation du secteur agricole, qui emploie encore une large partie de la population active.

Plus de 2 millions d’habitants à toucher dans le Grand Lomé

Selon les estimations de la Banque mondiale, près de 2,2 millions d’habitants du Grand Lomé devraient bénéficier d’une amélioration de l’offre de transport et d’une réduction de la pollution liée au trafic routier. En milieu rural, environ 400 000 personnes, dont une majorité de femmes, pourraient voir leur accès aux services et aux opportunités économiques facilité grâce au désenclavement des zones de production.

Pour Tony Verheijen, représentant résident du Groupe de la Banque mondiale au Togo, ce programme constitue une opportunité stratégique pour consolider le rôle du pays dans les chaînes logistiques régionales. Au-delà des infrastructures, l’enjeu est également d’encourager l’investissement privé, de soutenir la création d’emplois et de renforcer les chaînes de valeur locales.

Ce nouveau financement s’inscrit dans un partenariat de plus en plus dense entre Lomé et la Banque mondiale. À fin mars 2026, le portefeuille actif de l’institution au Togo atteignait près de 1,5 milliard de dollars. Quelques mois plus tôt, en décembre 2025, 150 millions de dollars avaient déjà été mobilisés pour soutenir le secteur privé et favoriser la création d’emplois.

Pour le gouvernement togolais, l’objectif est clair : capitaliser sur les performances du Port autonome de Lomé, seul port en eau profonde de la façade ouest-africaine, dont le trafic a connu une croissance spectaculaire au cours de la dernière décennie. Avec cette nouvelle enveloppe, le pays espère désormais transformer cet avantage géographique en un levier durable de compétitivité et d’intégration régionale.