Face à un environnement financier international plus contraint, le Togo entend renforcer ses capacités de financement interne. Réuni le 8 juillet 2026, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi portant création d’une Caisse des dépôts et consignations (CDC), un nouvel instrument public appelé à jouer un rôle clé dans la mobilisation de l’épargne nationale au service de l’investissement.
Dans un contexte marqué par le durcissement des conditions d’accès aux financements extérieurs et les tensions persistantes sur les marchés de capitaux, les autorités togolaises cherchent à diversifier leurs sources de financement. La création d’une Caisse des dépôts et consignations s’inscrit dans cette logique.
Selon le communiqué du Conseil des ministres, la future institution agira comme un « tiers de confiance ». Elle aura pour mission de recevoir et de conserver divers types de fonds publics et privés, notamment les consignations administratives et judiciaires, les cautionnements ou encore certaines ressources institutionnelles. Ces fonds seront ensuite placés selon des critères de sécurité et de prudence, avant d’être réinvestis dans des projets à long terme.
Pour le gouvernement, il s’agit de transformer une partie de l’épargne dormante ou faiblement mobilisée en levier de développement économique. L’enjeu est d’autant plus important que le pays poursuit simultanément plusieurs programmes d’infrastructures dans les domaines des transports, de l’énergie, de l’industrialisation ou encore du logement, nécessitant des volumes de financement considérables.
Un modèle largement adopté en Afrique
Le Togo rejoint ainsi un mouvement observé dans plusieurs pays africains. Le modèle de la Caisse des dépôts trouve son origine en France, où la Caisse des dépôts et consignations a été créée en 1816 pour sécuriser certains fonds publics et privés tout en participant au financement de l’économie.
Sur le continent, le Maroc est souvent cité comme la référence. Créée en 1959, la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) est devenue un acteur majeur du financement de l’investissement public et du développement territorial. Avec un bilan estimé à près de 382 milliards de dirhams, soit environ 23 000 milliards de FCFA, elle constitue aujourd’hui l’une des plus importantes institutions financières publiques d’Afrique.
En Afrique de l’Ouest, le Bénin offre l’exemple le plus avancé. Sa Caisse des dépôts et consignations, créée en 2018, affichait un bilan de 1 061,97 milliards de FCFA en 2024, soutenu notamment par les ressources issues de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).
La Côte d’Ivoire, dont la CDC est opérationnelle depuis 2019, a pour sa part mobilisé près de 254 milliards de FCFA entre 2019 et 2022. Plus récemment, le Cameroun a rendu effective sa propre institution en 2023 après de longues années d’attente, tandis que le Congo a adopté un texte similaire en mai dernier.
La question décisive de la gouvernance
Si les exemples régionaux témoignent du potentiel de ces institutions, ils rappellent également les défis qui les accompagnent. Car une Caisse des dépôts ne se résume pas à un simple réceptacle de ressources financières. Son efficacité repose avant tout sur la qualité de sa gouvernance.
Pour de nombreux observateurs, le principal risque réside dans une utilisation excessive de ses ressources pour répondre aux besoins immédiats de financement de l’État. Dans ce scénario, la CDC pourrait perdre sa vocation première d’investisseur patient au service du développement de long terme.
La question de son autonomie de gestion, des mécanismes de contrôle, de la transparence de ses placements et de la composition de ses organes dirigeants sera donc au cœur des débats lors de l’examen du projet de loi.







































