L’exemplaire Sénégal

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L’image de Bassirou Diomaye Faye, le visage presque juvénile, marchant de pas mal assurés sur le tapis rouge du Palais de la République situé dans le quartier du Plateau à Dakar, et arborant fièrement le décor de Président assermenté, l’écharpe verte et le collier doré de l’ordre national du Sénégal barrant sa poitrine, restera l’une des plus fortes et des plus commentées de cette année 2024. En effet, malgré les cassandres et encore une fois, les Sénégalais ont démontré que la démocratie n’était pas l’ennemi des Africains, à rebours des théories fumeuses qui pullulent sur le continent et sur les réseaux sociaux. Cette nouvelle passation pacifique de pouvoir dans le pays est aussi un pied de nez aux professeurs ès panafricanisme, qui vendaient la folle et incongrue idée que ce bel et noble idéal était incompatible avec le suffrage universel.

« Devant Dieu et devant la Nation sénégalaise, je jure de remplir fidèlement la charge de président de la République du Sénégal, d’observer comme de faire observer scrupuleusement les dispositions de la Constitution et des lois ». C’est le serment prononcé le 02 avril dernier par Bassirou Diomaye Faye, la main droite levée, devant des centaines d’officiels sénégalais et huit chefs d’État africains au Centre des expositions de la ville nouvelle de Diamniadio, près de Dakar.

Cette prestation de serment et plus tard la passation de pouvoir au Palais de la République entre le nouveau président et le sortant Macky Sall viennent clore, dans un véritable Happy End, une séquence politique des plus mouvementées. Il fallait que le lieutenant d’Ousmane Sonko, « frais émoulu » de la prison de Cap Manuel, gagnât pour que l’histoire fusse complètement belle.
Quelques mois plus tôt, la tension extrême qui régnait dans le pays de la Teranga, entre les persécutions politiques des principaux opposants, l’exclusion de candidats majeurs à l’élection, la répression systématique des manifestations, avait fait craindre le pire. La tentative de report du scrutin avait été le dernier acte poussant un peu plus le Sénégal vers le précipice.

Dans ce contexte explosif, grâce à la maturité de son peuple, à la solidité de ses institutions, à la vigilance de sa société civile et au sens de responsabilité de ses acteurs politiques, pouvoir comme opposition, le pays n’a pas basculé du côté obscur de la scène.
Les Sénégalais donnent ainsi une nouvelle leçon aux hérauts de l’obscurantisme et aux théoriciens des coups d’Etat militaires, en trouvant des solutions endogènes à la crise qu’ils ont traversée.

Cela ne saurait passer que par le recours au seul souverain, le peuple, qui exerce cette souveraineté par l’unique voie connue et éprouvée à ce jour, quoique perfectible : le suffrage universel. Quand il s’exprime, tout le monde se soumet. Exit Macky Sall, exit Amadou Ba. Les kalachnikovs et les réseaux sociaux, portés par quelque revendication patriotique et souverainiste que ce soit, ne sauraient s’y substituer. Cependant, le suffrage universel seul ne suffit pas pour construire une communauté de destin. Il doit s’exercer dans un cadre libre, transparent, dans un modèle de société où règnent l’égalité des chances, la transparence, la reddition des comptes et la libre entreprise.

Adopter ces lignes directrices n’est pas exclusif de crises. Cependant, celles-ci, loin d’être un prétexte pour une remise en cause du modèle et de l’adoubement du premier aventurier venu, devraient bien au contraire, être l’occasion de renforcer le système, à travers ses institutions et les hommes qui l’incarnent. Les Sénégalais sont assurément fiers d’en avoir, une fois de plus, montré l’exemple.