2 ans après les incendies du marché d’Agoè-Assiyéyé : à quand sa reconstruction ?

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Deux ans après l’incendie dévastateur qui, le 21 décembre 2023, a ravagé le marché d’Agoè-Assiyéyé, à la sortie nord de Lomé, le site demeure figé dans le silence et les gravats. Boutiques et hangars partis en fumée, centaines de commerçants ruinés, familles précipitées dans la précarité : rien n’a encore remplacé l’un des principaux poumons économiques de la commune Agoè-Nyivé 1. En l’absence d’un projet de reconstruction officiellement annoncé, l’attente s’éternise et l’inquiétude grandit. Jusqu’à quand les sinistrés devront-ils vivre avec ce paysage de ruines et d’abandon ?

Deux ans après le sinistre, le site incendié reste toujours vide. À l’emplacement des anciens hangars, seuls quelques tas de déchets et de gravats témoignent du passé. Les commerçants, qui y exerçaient depuis parfois plusieurs décennies, observent avec amertume l’absence de travaux.

« Juste après l’incendie, ils nous avaient promis qu’en six mois au plus, on allait nous reconstruire notre marché », se lamente Améline, vendeuse de produits cosmétiques. Au lendemain du drame, les autorités avaient annoncé la mise à disposition du site de Togo Grain pour reloger temporairement les commerçants et permettre une reprise minimale des activités.

Mais cette solution provisoire, pensée pour quelques mois, semble aujourd’hui s’installer dans la durée. Et la promesse initiale de reconstruction paraît s’être évaporée. « Rien ne bouge à l’horizon. Pas même un grain de sable. Ils sont juste venus racler le reste, ramasser les débris et partir », raconte, fataliste, Maman Tsévié, ancienne tenancière d’une boutique d’alimentation. Le silence autour du dossier rappelle tragiquement les précédents.

Les commerçants craignent de revivre le même scénario que les marchés de Kara et de Lomé, incendiés en janvier 2013 et qui n’ont été reconstruits qu’après d’interminables années d’attente. Le marché de Kara, en particulier, n’a été inauguré qu’en 2023, soit une décennie après le sinistre, dont sept années de travaux.

À Lomé, le Grand Marché Adawlato connaît également un long parcours. Lancé en 2020, le chantier a multiplié les reports, et ce n’est qu’en 2024 que les gros œuvres ont été achevés. La livraison finale dépend encore de l’installation des équipements et des derniers aménagements. De quoi nourrir l’inquiétude des sinistrés d’Assiyéyé : combien d’années devront-ils attendre ?

Attend-on un appui financier ?

Au Togo, la reconstruction des grands marchés repose souvent sur des montages financiers complexes mêlant État, municipalités, entreprises locales et bailleurs internationaux. Les projets de Kara et de Lomé, par exemple, ont largement bénéficié du soutien de la Banque africaine de développement (BAD) dans le cadre du Projet d’appui à la reconstruction des marchés (PARMCO). Le financement global s’élevait à 26 milliards FCFA, dont 22 milliards pour Lomé et 4 milliards pour Kara.

Or, pour Assiyéyé, aucun partenariat n’a pour l’instant été annoncé. Aucun appel d’offres, aucune étude publique, aucun financement extérieur ne semble engagé. D’où une impression persistante : le gouvernement attendrait un partenaire international avant de lancer la reconstruction. Une attente qui pourrait durer, au détriment des milliers de commerçants dont la survie économique dépend du marché.

Un désespoir grandissant auprès des femmes

Le site temporaire de Togo Grain, censé accueillir l’ensemble des commerçants sinistrés, n’a pu absorber que la moitié d’entre eux. Faute d’espace, de nombreux vendeurs se sont installés le long du mur de l’ancien marché ou sur les voies adjacentes reliant la station-service Cap au carrefour Bleu.

Ces installations improvisées ont très vite créé des tensions avec la municipalité. « Plusieurs fois, ils sont venus nous demander de dégager parce qu’on occuperait la route. Lors des travaux routiers, beaucoup ont vu leurs marchandises saisies par la police », raconte une commerçante. Une marche de protestation avait même été organisée pour interpeller les autorités. « Aujourd’hui on est toujours là, mais on sait qu’à tout moment ils peuvent revenir nous chasser », ajoute une autre.

À ces tensions s’ajoute un sentiment d’injustice face aux prélèvements quotidiens. « Nous sommes à l’air libre, sous le soleil et la pluie, mais on paie les mêmes tickets que ceux du site Togo Grain : 100 FCFA les jours ouvrables et 200 FCFA les jours de marché », déplore Prince, vendeur de friperie. Le tarif double pour les étalages plus larges.

À cela s’ajoute une forte insécurité : vols, pertes de marchandises, exposition aux intempéries… Les difficultés s’accumulent, sans que les autorités semblent leur proposer une alternative durable. Même au site Togo Grain, la situation reste difficile.

Les hangars en tôle n’offrent qu’une protection limitée. « La pluie de cette semaine a encore inondé une partie du marché. Plusieurs commerçants se sont retrouvés dans l’eau avec leurs marchandises », témoigne une revendeuse d’épices.

Ces conditions précaires nourrissent le doute. Beaucoup craignent que le marché ne soit jamais reconstruit sur le site initial. « On entend dire qu’ici, ils veulent faire un grand supermarché. On est dans l’incertitude totale », confie la gérante d’une boutique.

Des initiatives en vue ?

Malgré ce silence public, quelques signaux laissent penser que le projet n’est pas totalement abandonné. En 2024, lors d’un débat d’orientation budgétaire de la commune d’Agoè-Nyivé 1, le conseil municipal avait annoncé la reconstruction du marché d’Assiyéyé comme l’un des projets phares de l’année 2025.

L’objectif, selon le premier adjoint au maire, Badagbon Kossivi, était de bâtir un marché plus vaste, moderne et mieux équipé. La municipalité affirmait même avoir identifié un partenaire pour accompagner la réalisation du projet. Depuis, aucune avancée concrète n’a été communiquée, mais ces annonces pourraient indiquer que les discussions sont toujours en cours, possiblement à un stade non public.

Pour l’heure, les commerçants oscillent entre espoir prudent et lassitude. Ils réclament des informations claires, un calendrier, un engagement ferme. Car pour elles et eux, la reconstruction du marché ne représente pas seulement un enjeu économique : c’est une condition de survie sociale, un outil de dignité et un repère communautaire.