Akoueté Yves, l’ex-cadre de banque converti en producteur d’huile de coco bio

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Au Togo, de plus en plus de personnes, hommes comme femmes, jeunes comme adultes, salariés ou non se lancent dans la création de leur propre activité. C’est le cas d’Akoueté Yves Adjété, ex-cadre de l’ancienne Banque Togolaise de Développement (BTD), devenue Orabank, qui a choisi de consacrer sa retraite à la valorisation de l’huile de coco, un produit local aux multiples vertus.

Pour l’ancien cadre de BTD, Akoueté Yves Adjété, le repos est synonyme d’une nouvelle vie professionnelle tout aussi passionnante. Depuis bientôt huit ans, il s’est reconverti dans la production d’huile à base de noix de coco. Animé par la volonté de valoriser l’huile de coco tout en contribuant à la préservation d’un savoir-faire traditionnel, Yves Adjété a opté pour une production artisanale. L’huile obtenue est 100 % naturelle, d’où son appellation « huile de coco bio ». « Chez nous la préparation de l’huile bio a toujours été faite à la main sans aucun ajout chimique ».

Pour préserver cette authenticité, je suis pratiquement le même processus basé uniquement sur la production artisanale. Comme on le dit souvent, c’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle. C’est pourquoi le nom de mon produit se termine pas bio. Je produis donc une huile de coco bio sans additifs, ni conservateur», a-t-il indiqué.

Afin d’apporter une valeur ajoutée à son produit et de se démarquer de l’huile déjà disponible sur le marché, le producteur a mis l’accent sur l’amélioration de l’hygiène à travers le perfectionnement du cadre et des outils de production. Contrairement à l’ancienne méthode de fabrication d’huile de coco, les amandes de noix de coco sont soigneusement lavées avec une eau préalablement analysée. « Pour le lavage des amandes, j’’utilise l’eau d’un forage conçu à cet effet. Cette eau je l’ai fait analyser à l’Institut nationale d’hygiène (INH). Ceci me permet d’obtenir une matière première propre et exempte de microbes avant toute préparation », a expliqué Yves Akoueté.

La qualité du produit est une exigence majeure pour l’entrepreneur. Ainsi, avant sa mise sur le marché, l’huile est soumise à l’appréciation de l’Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA) et de l’Institut National d’Hygiène (INH), qui certifient sa conformité aux normes de qualité.

Yves Adjété produit trois types d’huile de coco destinée à l’alimentation et soins corporels. La première est l’huile vierge, qui ne passe pas au feu. Il s’agit de la graisse recueillie quelques heures après le broyage et le malaxage des amandes. Grâce à ses propriétés hydratantes, elle est principalement utilisée dans le domaine cosmétique. Les deux autres produits sont l’huile « zogbé-zogbé » et l’huile de cuisson usuelle, obtenues après chauffage de la graisse extraite La différence réside dans le processus de fabrication.

L’huile « zogbé-zogbé » est produite le jour même du broyage et du malaxage des amandes, tandis que l’huile usuelle est préparée le lendemain. « L’autre différence se situe au niveau de l’odeur et du résidu obtenu après préparation. Celui de zogbézogbé appelé « ahayui », à une saveur croustillante. Il se consomme avec le haricot ou le gari et sert également de gommage naturel. En revanche, celui de l’huile usuel est impropre à la consommation en raison de goût amer », a précisé le producteur.

Une reconversion au profit des femmes rurales

En se lançant dans la production d’huile de coco, Akouété Yves Adjété contribue non seulement à la préservation d’un savoir-faire traditionnel togolais et à la promotion du « Made in Togo », mais aussi à la création de revenus pour les femmes rurales. Sa production est implantée à Séko, son village natal situé à quelques kilomètres d’Aného.

Dans cette localité la préparation de l’huile de coco est traditionnellement une activité exercée par les femmes, qui en tirent l’essentiel de leurs revenus pour subvenir aux besoins de leurs familles et assurer la scolarisation de leurs enfants. Cependant, ces dernières années cette activité autrefois florissante s’est fragilisée en raison de l’arrivée de nouvelles marques d’huiles sur le marché, et surtout des difficultés rencontrés dans le processus de préparation.

Pour soutenir ces femmes, l’ex-agent de banque a mis en place un modèle de collaboration gagnant-gagnant. Il fournit la matière première et accompagne les productrices dans l’amélioration des conditions d’hygiène et de transformation. « A quelques années de ma retraite, j’ai pensé m’investir dans cette activité en encourageant et en encadrant les femmes à reprendre la production de l’huile de coco bio », s’est-t-il justifié.

Dans cette dynamique, par le truchement de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), il a formé le mois dernier plus de 6 coopératives de la région d’Aného, activent dans le secteur depuis une vingtaine d’année. L’objectif était de leur présenter des techniques améliorées tout en préservant les méthodes traditionnelles de fabrication. Selon lui, un autre atelier consacré au conditionnement et au packaging des produits sera prochainement organisé. « Tout ceci permettra aux bonnes dames d’améliorer la production qui pourra concurrencer ceux déjà sur le marché, d’augmenter la production et par ricochet créer plus de revenus aux femmes », a-t-il souligné.

Il faut noter que depuis sa reconversion en producteur d’huile de coco, Yves Akouété travaille avec 10 employés permanant dont 6 femmes, un chiffre qui réaffirme son engagement en faveur de l’autonomisation économique féminine.

Une production qui fait face aux difficultés

Le choix pour Akouété Yves Adjété de devenir producteur d’huile de coco repose sur plusieurs motivations. Selon lui, l’huile de coco possède d’importantes vertus pour la santé et mérite une meilleure valorisation. De plus, la matière première est disponible localement grâce à l’héritage laissé par les générations précédentes. Toutefois, il constate aujourd’hui une baisse de la disponibilité des noix de coco, principalement due à la hausse de leur prix.

« La noix de coco est aujourd’hui très recherchée à travers le monde et la demande ne cesse d’augmenter. Malheureusement, sa production est en baisse au Togo. Le peu que nous avons est acheté par des commerçants nigérians et ghanéens à des prix très élevés. Ce que nous devrions acheter à 2 500 FCFA est parfois payé entre 4 000 et 5 000 FCFA par ces acheteurs étrangers. Cela complique la tâche aux producteurs locaux », a-t-il expliqué.

Face à cette situation, des démarches ont été entreprises auprès des autorités compétentes. « On nous répond qu’il existe une libre circulation des biens et des personnes au sein de la CEDEAO. Pourtant, lorsque le Nigeria estime nécessaire de protéger ses intérêts, il ferme parfois ses frontières pour empêcher l’exportation de certaines matières premières. Il privilégie leur transformation sur place avant de les exporter sous forme de produits finis à forte valeur ajoutée. Chez nous, ce n’est pas le cas. Cette situation nous donne le sentiment d’être marginalisés », a regretté le producteur avant de précisé que c’est le seul problème qui le ralenti dans l’atteinte de ces objectifs, celui de faire accroître sa production bio, l’injecter dans tous les ménages togolais et à l’extérieur.