« Problèmes d’adultes » : la plume d’Ayandedji en vigie

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Ahmed Ayanwalé Ayandedji explore, dans son recueil « Problèmes d’adultes », les zones grises où s’égarent trop souvent les adolescents et jeunes confrontés prématurément aux responsabilités du monde adulte. Présenté au public le 15 novembre 2025 à Lomé, l’ouvrage propose une plongée sensible dans des trajectoires heurtées, où l’innocence cède parfois brutalement la place à la désillusion. À travers quatre nouvelles rassemblées dans un volume de 183 pages, publié aux Éditions Awoudy, l’auteur s’attache à dire sans détour les épreuves qui jalonnent le passage à l’âge adulte pour une génération souvent livrée à elle-même.

Pour Ahmed Ayanwalé Ayandedji, la réalité est sans appel : nombre de jeunes ne profitent plus de leur enfance. Confrontés très tôt à des choix lourds, à des pressions économiques et parfois familiales, ils endossent des charges pour lesquelles ils ne sont pas préparés. C’est cette fragilité, mêlée d’urgence et de désarroi, que l’auteur entend capter. « Problèmes d’adultes », affirme-t-il, met en lumière des existences entre 16 et 18 ans prises au piège entre l’innocence encore vive, la rudesse du réel et les attentes que la société projette sur eux.

La première nouvelle, « À fesses vaillantes », illustre cette bascule. Sabine, jeune femme happée par les mirages d’une vie ostentatoire, s’improvise « influenceuse » dans un univers où voyages, apparences et fréquentations avec des hommes fortunés deviennent monnaie courante. Très vite, le vernis craque : une grossesse non désirée la renvoie brusquement à des responsabilités dont elle mésurait mal la portée. L’auteur décrit cette chute sans moralisme, mais avec la lucidité de ceux qui observent leur génération se heurter à un monde trompeur.

Une deuxième histoire s’intéresse à Sanday, brouteur assumé, dont les combines finissent par le conduire en prison. Là encore, Ahmed Ayandedji s’attarde moins sur la faute que sur l’itinéraire d’un jeune entraîné dans les dérives d’un système où l’apparence de réussite devient parfois une obsession.

Mais au-delà des situations, l’ouvrage veut surtout être un appel. Ni sermon, ni réquisitoire, souligne l’auteur, mais « une main tendue » destinée aux jeunes comme aux parents, afin qu’ils prennent conscience des dérives possibles et réajustent le cap tant qu’il en est encore temps. Pour rendre son message accessible, l’écrivain adopte un style hybride et assumé : un français soutenu mêlé d’anglicismes actuels, de touches de mina et de métaphores inspirées de l’oralité togolaise. Un choix que salue David Kpelly, l’un des préfaciers, qui y voit un réalisme narratif percutant, parfois abrupt mais toujours empathique.

Derrière l’auteur se dessine un parcours inattendu. Titulaire d’un MBA, cadre d’entreprise et responsable marketing dans une grande société togolaise, Ayandedji enseigne également le marketing et la communication à Lomé. Son penchant pour l’écriture remonte pourtant à ses 16 ans, nourri de scènes observées dans son voisinage et d’expériences personnelles. Revendiquant une posture empiriste, il dit vouloir restituer la réalité « sans idéalisation, sans embellissement et sans ambiguïté ». Avec « Problèmes d’adultes », il livre un premier ouvrage où lucidité et humanité se répondent, interpellant une jeunesse en quête de repères.