Les vacances se sont achevées la semaine dernière sans la tenue de grands concerts comme le pays en a l’habitude sur la période de juillet à mi-septembre. Pour la première fois, et en dehors de toute crise sanitaire comme celle liée au Covid-19, la scène musicale nationale est restée silencieuse. À l’origine, une pression exercée sur les réseaux sociaux par des Togolais de la diaspora réunis au sein du mouvement dénommé M66.
Cette période, généralement marquée par une effervescence culturelle, n’a pas connu son ambiance habituelle. À la plage, dans les salles de concert ou dans les stades, aucun événement majeur n’a véritablement rassemblé de foule.
Depuis juin 2025, plusieurs figures de la diaspora, dont l’artiste Zaga Bambo, ainsi que les activistes Togbévi Kpéssé et Gemy, appelaient au boycott des manifestations culturelles pour exprimer leur mécontentement vis-à-vis du pouvoir de Lomé.
La première victime de cette mobilisation fut la star de l’afro-pop Sethlo. Son concert prévu le 28 juin 2025 à la Maroquinerie de Paris a été annulé la veille. L’annonce, relayée sur la page Facebook de l’artiste, parlait d’une décision prise « après concertation approfondie entre l’organisateur, l’artiste et la salle », sans plus de détails. Toutefois, le communiqué évoquait « la situation actuelle », laissant entendre un lien avec le climat sociopolitique au Togo.
De leur côté, les Toofan ont échappé à cette pression grâce à la programmation plus précoce de leur concert anniversaire, tenu le 18 avril 2025 au Zénith de Paris.
King Mensah, icône de la musique traditionnelle togolaise, a lui aussi été touché. Invité à se produire le 30 août lors de l’Adzinuku Run 4 à Vogan, l’artiste a dû annuler sa participation. L’organisateur, Nekima Events, a justifié sa décision par le climat socio-politique et les vives polémiques suscitées par l’annonce de la prestation de l’artiste. « Par respect pour l’artiste et en compassion avec notre peuple », la structure a estimé préférable de reporter l’événement.
La jeune star Santrinos Raphaël n’a pas été épargnée non plus. Ses propos publiés sur Facebook le 10 juin 2025, où il appelait à rejeter la violence et à « ne pas envoyer les autres faire ce que nous n’avons pas le courage de faire nous-mêmes », ont déclenché une tempête de critiques. Beaucoup y ont vu une prise de position contre les manifestants antigouvernementaux, l’accusant d’être déconnecté des réalités quotidiennes. Depuis, l’artiste se fait discret, aussi bien sur scène que sur les réseaux sociaux.
Le phénomène a dépassé les frontières nationales. La chanteuse ivoirienne Roselyne Layo, invitée à se produire à Kara le 23 juillet 2025 dans le cadre des Evala, a dû annuler son concert sous la pression du Mouvement M66. Par des publications virales et une forte mobilisation en ligne, ce mouvement a convaincu l’artiste de ne pas faire le déplacement.
Même les géants de la téléphonie mobile, habitués à organiser de grands shows estivaux, ont vu leurs initiatives perturbées. Moov Africa s’est abstenu d’organiser son événement annuel (Moov Summer), tandis que Yas (ex-Togocom), malgré l’innovation de son « Yas Village », n’a pas réussi à mobiliser la foule. « Ce n’est pas ce qu’on assiste d’habitude. Les années précédentes, la plage était noire de monde, mais cette fois l’ambiance n’était pas au rendez- vous », regrette Koffi Amouzou, un spectateur rencontré sur place.
Cette situation interroge sur la fragilité du secteur culturel togolais. Pour certains analystes, elle trouve son origine dans l’arrestation le 26 mai du rappeur engagé Aamron, connu pour ses lives critiques du pouvoir sur TikTok. Son arrestation, suivie d’une libération le 21 juin, a galvanisé la contestation. De plus, des figures comme Zaga Bambo, installé en France, continuent d’alimenter la critique en ligne contre le régime. Des voix dénoncent également des rivalités internes au showbiz, où les artistes perçus comme proches du pouvoir bénéficieraient de privilèges, attisant des règlements de comptes. « Cette pression est illégitime. Pourquoi l’artiste devrait-il être plus exposé que le fonctionnaire, le couturier ou le mécanicien ? », s’indigne un acteur culturel.
Face à cette crise, certains appellent à une adaptation. « Nous devons réinventer notre métier et ne pas dépendre uniquement des scènes », conseille le slameur Kaporal Wisdom.
Malgré ce climat tendu, quelques événements ont résisté à la tempête. La Foire Adjafi des jeunes entrepreneurs a ainsi offert un concert de clôture avec la participation de plusieurs grands noms de la musique togolaise, dont King Mensah, rappelant que la culture reste un vecteur d’unité et d’espoir.
Retenons que l’impact des annulations des évènements culturelles notamment des concerts va au-delà des acteurs du domaine. Car à chaque concert, les prêts à porter, les agences de transports, les commerces directs et indirects, les agences de communication, les agences de billetterie, les parkings…profitent pour faire des affaires.





































