La future monnaie commune de la Cedeao, une arlésienne ?

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Trois ans après avoir raté son opérationnalisation initialement prévue en 2020, ECO, la future monnaie commune de la Cedeao est toujours dans la tourmente. Plusieurs mois après le conflit larvé entre le bloc Uemoa représenté par Alassane Dramane Ouattarra et le reste de la zone incarné à l’époque par Muhammadu Buhari sur l’ECO, les divergences de vue n’ont manifestement pas été aplanies.

De fait, si la nouvelle échéance est fixée à 2027, en cohérence avec la nouvelle feuille de route adoptée par les chefs d’Etat et de gouvernement ouest africains à Accra, force est de constater que la probabilité d’aller vers l’ECO en tant que monnaie commune de l’Uemoa, est plus forte que jamais.

Avec l’autorisation donnée récemment par l’Assemblée nationale togolaise au gouvernement de ratifier le nouvel accord de coopération monétaire, signé le 21 décembre 2019 à Abidjan entre les gouvernements des États membres de l’UMOA et le gouvernement de la République française, on semble s’éloigner de l’esprit d’une ECO CEDEAO, et se rapprocher d’une ECO Uemoa pensée pour être arrimée à l’Euro, en parité fixe.

En toute hypothèse, avec ce développement, le Togo, mieux préparé au lancement de l’ECO, semble montrer la voie à ses voisins de l’Uemoa. Ceci d’autant plus qu’ECO CEDEAO prévoit une convertibilité à un panier de devises.

Certes, à l’analyse, l’échéance 2027 semble une gageure pour la mise en service de la monnaie ECO dans les 15 pays ouest africains. Puisqu’à quatre ans de la nouvelle échéance, le nouveau pacte de convergence de stabilité macro-économique, engageant les pays respectifs à valider l’ensemble des critères de convergence (un déficit budgétaire limité à 3% du PIB, une inflation à 10% maximum et une dette inférieure à 70% du PIB) entre 2022 et 2026, est loin d’être respecté.

Le Grand Nigeria dont le nouveau président élu vient d’ailleurs d’être porté à la tête de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao, a son taux d’inflation qui tourne autour de 22% et peine toujours à le maîtriser. De l’autre côté, le Ghana avec son Cedis, ne fait pas mieux, avec des inflations records, au-delà des 40%.

Toutes choses qui sont susceptibles de muer en une mission impossible, toute perspective de convergence de leurs économies avec celles de la zone Uemoa où l’inflation est supposée se situer à 10%.

Pour autant, ces difficultés réelles de convergence des économies ouest africaines ne sauraient justifier la poursuite par la zone Uemoa d’un projet parallèle aux contours contrastant avec l’initiative de la communauté de la Cedeao.

Toutes choses étant égales par ailleurs, l’effectivité du lancement de l’ECO comme monnaie commune de l’espace Cedeao à l’horizon 2027, ne semble pas seulement hypothétique. Elle ressemble davantage à une vue de l’esprit.