Des signes d’un « Je t’aime, moi non plus » consommé

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La crise que vit la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) est l’une des plus délicates de l’histoire de ce regroupement régional, considéré jusqu’à un passé très récent, comme l’une des plus grandes réussites d’intégration sur le continent. Après la création de l’Alliance des Etats du Sahel (AES)par les trois pays, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, dirigés par des juntes, suivie de l’annonce du retrait de ceux-ci de la CEDEAO en réponse à un dialogue de sourds entre les protagonistes de la crise, la rupture semble consommée. Du moins, c’est ce que laissent transparaître les prises de position des leaders putschistes tandis que les autres membres, attachés à l’intégrité de la communauté, multiplient des initiatives de bonne volonté.

De fait, les récentes déclarations du Capitaine Ibrahim Traoré à la faveur d’une entrevue accordée à AFO MEDIA, – média créé par l’ex-chroniqueur de RFI, Alain Foka, qui fait désormais cavalier seul et affirme se repositionner davantage par conviction pour une Afrique décomplexée, plus épanouie et émancipée de toute puissance dominatrice – envoient un signal de rupture définitivement consommée entre les nouveaux alliés et le bloc régional Cedeao. « La Cedeao…, c’est fini », a-t-il tranché, évoquant l’irréversibilité de leur choix « mûri » de se dissocier d’une communauté accusée d’être « aux ordres » et d’infliger des sanctions illégales. Tandis que dans le camp d’en face, on martèle ne faire qu’une application rigoriste des textes régissant l’institution.

Pour autant, on ne saurait plus dans l’absolu parler dans les conditions actuelles, de « dialogue de sourds » puisque les positions de va-t-en guerre qui, aux premières heures du renversement du régime de Mohammed Bazoum, président démocratiquement élu au Niger, avaient le vent en poupe, se sont pour l’essentiel, assouplies et que l’option militaire a finalement été reléguée au profit d’une solution négociée.

Au surplus, alors que de Cotonou à Abidjan en passant par Lomé dont la position en faveur du dialogue et de la concertation a de tout temps été constante, l’unanimité semble se dégager sur la nécessité de questionner et réévaluer les sanctions, leur portée dans la durée et d’apprécier leur efficacité, il est heureux d’entendre des bruits de couloir annonçant des perspectives de levée de sanctions infligées aux régimes militaires.

Suffisant pour espérer que la communauté se rabiboche avec les régimes militaires et s’accorde sur les questions clivantes comme la durée des transitions et l’organisation des élections visant à porter au pouvoir des civils en accord avec les dispositions constitutionnelles des différents pays concernés ?

Mutatis mutandis, ceci reste une gageure aux allures d’une arlésienne. Sauf extraordinaire revirement des régimes militaires en place. A l’analyse, à l’urgence d’organiser des élections, brandie par la Cedeao, les chefs des juntes opposent une urgence d’une toute autre nature : refonder leurs Etats. Mettant ainsi à nu de profondes divergences de vue qui constituent des obstacles « rédhibitoires » à un hypothétique retour des « nouveaux alliés » au sein de la grande famille Cedeao. Quand bien même le fil du dialogue et de la concertation ne devrait pas, alors pas du tout, être rompu.

En tout état de cause, appréhender ces multiples initiatives sous le prisme du pessimisme, ne serait pas jouer aux oiseaux de mauvais augure. Encore que les « nouveaux alliés » persistent et signent leur volonté de faire marche à part, en évoquant de plus en plus leur projet de créer une nouvelle monnaie : « Le Sahel ». A contre-courant du CFA ou de la future monnaie commune ECO.