Interview :Brice Tchendo, promoteur du programme DAGBA

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« Notre programme d’accélération n’est pas un concours où des lauréats seront primés… »

Dix entreprises togolaises portées notamment par des jeunes vont bénéficier d’un programme d’accélérateur qui leur permettra de mieux structurer leur business et d’obtenir des appuis financiers. Dénommé Programme d’Accélération DAGBA, il a été lancé le samedi 11 février 2023 à Lomé. Dans cette interview exclusive accordée à FOCUS INFOS, le promoteur, Brice Tchendo, dévoile le but, les bénéficiaires et les grandes étapes de ce programme.

Focus Infos : Qu’est-ce que le Programme d’Accélération DAGBA ?

Brice Tchendo : Dabga a un double sens. Il signifie en Yorouba grandir et en Ewé échouer. Nous avons choisi ces deux langues parce qu’elles sont parlées dans de nombreux pays de la sous-région ouest-africaine.

Pourquoi avons-nous choisi un nom qui a deux significations opposées ? Car l’intégration de ces deux aspects est fondamentale pour tous les entrepreneurs. Les entrepreneurs pensent très souvent qu’en se lançant grâce à leur idée innovante, le chemin leur sera tracé. Ils prennent en référence des entrepreneurs à succès et oublient que ces derniers, avant de connaître cette « Gloire », ont traversé des périodes d’échecs.

Nous avons donc voulu utiliser cet antagonisme pour atteindre notre objectif, qui est de fabriquer des champions locaux. Nous créons un environnement qui permettra aux startups de grandir tout en évitant au maximum de passer par les cases d’échecs.

Cet accélérateur accompagne les startups à mieux structurer leurs entreprises afin de lever des fonds pour accélérer leur croissance.

F.I : Quels sont vos objectifs, avec le lancement de ce programme au Togo ?

B.T : Le lancement fait partie de notre chronogramme et suit la phase de sélection qui a duré environ 6 mois. Nous avons réalisé ce travail de screening en amont afin de choisir les dix premières startups à accompagner.

Ce lancement nous permet de présenter au public et à nos partenaires le programme et la cohorte 2023.

Nous souhaitons également, à travers ce lancement, inviter le gouvernement et les partenaires financiers à nous rejoindre afin de contribuer à la fabrication des champions locaux.

F.I : Pourriez-vous nous décrire les grandes étapes du programme ?

B.T : Le programme d’accélération est conçu sur mesure et adapté à notre environnement. Il comprend 4 grandes étapes.

La première étape est matérialisée par un diagnostic qui nous permet de faire une photographie de l’existant en décrivant les points forts et les points faibles du/des porteurs de projet, du produit/service et de l’organisation actuelle. Ce diagnostic permettra de définir les leviers de croissance sur lesquels nous allons bâtir un plan d’accélération.

Ensuite, l’étape de mise à niveau de l’entreprise met en œuvre les recommandations issues du diagnostic. Cette mise à niveau concerne le système de gouvernance interne, les outils de gestion et le coaching de l’entrepreneur sur la gestion de l’entreprise et l’éducation financière.

La troisième étape est le networking et la préparation à la levée de fonds. Le networking sera marqué par un événement « Parlons de nos échecs » et un voyage d’études sur le Sénégal afin que les entrepreneurs sortent de leur zone de confort et se frottent également à un écosystème où plusieurs startups ont déjà levé des fonds à l’international. Les entrepreneurs seront également positionnés sur des événements nationaux et internationaux.

La dernière étape est la levée de fonds. Après un coaching sur le pitch et la prise de parole devant les investisseurs, les entrepreneurs seront face à des fonds d’investissements et business angels de Lomé. Cet événement sera ouvert au public et les investisseurs choisiront eux-mêmes les projets sur lesquels ils souhaiteraient investir. Les entrepreneurs qui n’auront pas obtenu un financement recevront un prêt sur l’honneur ou seront accompagnés dans le montage d’un dossier de crédit. Le reste du temps sera consacré au suivi des projets.

F.I : Quelle est votre cible ?

B.T : La cible, ce sont les entrepreneurs, les petites entreprises qui existent déjà. Il ne s’agit pas de profils qui en sont encore à l’étape d’idéation, mais plutôt des entrepreneurs qui ont déjà un produit ou un service viable sur le marché, des clients et un chiffre d’affaires. C’est à eux que nous nous adressons.

Nous ciblons également des entreprises qui ont un fort potentiel de croissance. Le potentiel de croissance et la vision de l’entrepreneur sont des facteurs primordiaux dans ce programme.

F.I : Il existe une panoplie d’initiatives d’accompagnement de porteurs de projets et de soutien aux jeunes entrepreneurs. Quelle est la valeur ajoutée de votre programme ?

B.T : Les gens font l’amalgame entre l’incubateur et l’accélérateur. Ce qui existe pour l’instant à Lomé, ce sont des incubateurs qui font bien leur travail, à mon avis. Parmi les start-ups sélectionnées pour la cohorte de cette année, je prendrai l’exemple de Kari Kari. Cette start-up a suivi le programme d’accompagnement du FAIEJ et obtenu des financements. Il faut maintenant l’accélérer pour élargir son marché à l’international.

La valeur ajoutée est donc la continuité de ce que l’Etat a déjà mis en place. Nous complétons l’accompagnement des programmes existants.

F.I : Pour le compte de cette première édition, vous avez sélectionné 10 projets. Quel est le contenu de ces projets et sur quels critères les avez-vous sélectionnés ?

B.T : Le processus de sélection des 10 projets a duré six mois. Nous avons avant tout été clients de ces start-ups et nous les avons identifiées sans qu’elles ne sachent que nous étions en train de tester leurs produits et leurs services pour pouvoir les accompagner par la suite. Puis, en approche directe, nous avons pu, grâce à un formulaire, comprendre comment ces entreprises sont structurées, et surtout, nous avons pu évaluer leurs visions et le potentiel de leurs projets.

Par la suite, un entretien pour évaluer la motivation de l’entrepreneur et mieux comprendre le contexte de création de son entreprise a été réalisé. Cet entretien nous a permis également de comprendre la vision qu’il a pour son entreprise. Sur les 20 start-ups qui ont été identifiées, nous en avons sélectionné 10 pour cette première cohorte de divers secteurs (notamment fintech, agroalimentaire, transformation, E-santé, watertech et tourisme.). Nous continuons de suivre l’évolution des 10 autres.

F.I : Comment seront primés les lauréats du programme ?

B.T : Notre programme d’accélération n’est pas un concours où des lauréats seront primés… A la fin du programme d’accélération, il y aura un événement de levée de fonds où les entrepreneurs seront face à des fonds d’investissement et des business Angels. Un événement ou les investisseurs seront eux-mêmes le jury et choisiront les projets dans lesquels ils voudront investir.

F.I : Parlez-nous un peu de vous…

B.T : Dagba est en réalité une continuité des activités du cabinet Optimum Partners où j’exerce en qualité d’associé-gérant. Nous accompagnons, entre autres, les entreprises dans leur développement organisationnel et avons pu constater que les start-ups sont les structures qui en ont le plus besoin. Cependant, elles n’ont pas les moyens de payer les honoraires du cabinet. C’est face à ce constat que nous avons imaginé un programme d’accompagnement, allant de la structuration à la levée de fonds.

Nous avons pensé à cet accélérateur, maillon manquant dans l’écosystème entrepreneurial togolais, afin de résoudre le problème que nous avons identifié. Nous venons de finir la semaine de l’innovation, et nous avons rencontré plusieurs entrepreneurs qui ont des projets à fort potentiel, mais qui stagnent encore parce qu’eux-mêmes ne sont pas encore assez structurés. Ils n’ont pas les informations sur les opportunités qu’ils peuvent avoir. Avec cette première cohorte, nous allons tester le modèle d’accompagnement que nous avons conçu, apprendre de cette première expérience et accompagner un plus grand nombre les années suivantes.