Un assassinat sans mobile ?

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Pourquoi le Colonel Bitala Toussaint Madjoulba a-t-il été lâchement et affreusement assassiné dans la nuit du 03 au 04 mai 2020, alors qu’il venait d’assister à la prestation de serment du Chef de l’Etat, Faure Gnassingbé, réélu pour un nouveau mandat ?

A cette question, après deux semaines de procès, tandis que réquisitoire et plaidoiries viennent d’être bouclés et en attendant le verdict, il n’y aura pas eu de réponse ;  laissant presque désespérée la famille et sur leur faim l’auditoire. En effet, les débats n’auront pas évoqué, encore moins établi,  le mobile du crime horrible dont a été victime l’un des officiers les plus valeureux des Forces armées togolaises (FAT), bénéficiant de l’entière confiance de leur commandant en chef.

De fait, si la résolution d’un crime, d’un meurtre ou d’un assassinat exige l’identification du corps du délit, de l’auteur, du co-auteur, du ou des complices ou encore des commanditaires encore appelés auteurs intellectuels, la localisation de la scène du crime, l’arme utilisée, l’heure à laquelle il a été perpétré, c’est la connaissance du mobile de l’acte qui parachève les investigations.

Car s’il ne saurait y avoir de crime, encore moins d’assassinat sans coupable, il ne saurait non plus y avoir, sans mobile. Le mobile, voilà le dernier élément du puzzle de  l’assassinat perpétré sur le Commandant du BIR, entendu 1er Bataillon d’Intervention Rapide.

Au surplus, la détermination, voire la révélation du mobile  paverait la voie à  la résolution d’une autre question : Cui Bono ? À qui profite le crime ? …La célèbre question posée aux jurés par Cicéron au procès de Sextus Roscius (Rome 673 ; – 81 av. J.-C).

Aussi, ce procès qualifié d’historique, en ce qu’il acte d’une part l’opérationnalisation du tribunal militaire et que d’autre part, de hauts gradés de l’armée se retrouvent dans le box des accusés, au moment où il s’apprête à baisser les  rideaux et à rendre son verdict, laisse un goût d’inachevé.

La vérité judiciaire sera sans aucun doute dite. Mais la vérité tout court, celle répondant de façon établie et satisfaisante aux  questions que  se pose le Togolais lambda, restera inatteignable. La faute, certainement à ce sentiment –peut-être plus qu’un sentiment- d’impréparation ou d’insuffisance de préparation (c’est selon) du procès, voire dans les enquêtes.

A moins qu’il s’agisse, comme le  bruissent  certaines rumeurs, d’une manœuvre destinée à entourer d’un épais  voile le fond du dossier, afin que le mystère demeure  dans l’esprit du plus grand nombre. Pour raison d’Etat,  qu’aurait déstabilisé un déballage incontrôlé.